Entre la paupérisation lente mais permanente d'une partie grandissante de la population dans de nombreux pays européens ou développés et le maintien voire l'aggravation des situations de famine dans de nombreuses régions très sous-développées, on ne peut que faire le constat de la très insuffisante effectivité des droits fondamentaux. Il devient ainsi nécessaire de réexaminer le concept de besoins fondamentaux et, en partant de ceux dont dépend la vie même, de (ré)inventer les moyens de les satisfaire.
A l'initiative de plusieurs collègues et de projets tels que
LASCAUX sur le droit de l'aliment ou bien de
RELMIN sur le rôle légal des religions dans un contexte historique particulier, et dans le cadre d'un futur projet de la MSH de Nantes associant des chercheurs de disciplines différentes et d'horizons et de pays variés, une première étape très exploratoire est entreprise cette année 2012 afin de préparer un projet de recherche en voie de structuration. Trois premières séances de réflexion sont déjà programmées.
Séance 3 :
Des besoins aux capacités, un changement de perspective ?
Les investigations de CAPRIGHT
Présentée par :
- Jean Michel Bonvin, professeur de sociologie et de politiques sociales à la Haute école de travail social et de la santé, EESP, Lausanne, et
- Robert Salais, École Normale Supérieure de Cachan, Paris, Centre Marc Bloch, Berlin et Institut d'Études Avancées de Nantes (IEA).
Résumé :
L'approche par les capacités (ou capabilités), proposée par Amartya Sen constitue un changement de conception du social par rapport à celle des besoins fondamentaux. D'une part, ce qui importe comme cible de l'action publique n'est ni les ressources dont dispose la personne, ni les besoins qu'on lui attribue, mais la capacité qu'elle a ou non de convertir ses ressources en résultats de valeur pour elle. Sont des résultats de valeur ceux qui permettent à la personne de vivre la vie qu'elle considère de valeur pour elle. D'autre part, la capabilité d'être et de faire (beings and doings) n'est pas définie seulement en termes de possibilités réalisables, mais à un plus haut niveau, celui de la liberté réelle. Le libre choix appartient à la personne et elle est de plus appelée à faire entendre sa voix et à participer aux décisions qui la concernent. Au fond, la capabilité est au cœur d'un carré magique, dont les côtés sont : liberté réelle, pouvoir d'agir, voix et démocratie, responsabilité.
Jean-Michel Bonvin et Robert Salais appuieront leur propos sur les recherches conduites dans les projets européens EUROCAP et CAPRIGHT consacrés à l'approche par les capacités.