Le conférencier :
Guy Rozat, professeur d'histoire, enseignant chercheur à l'Institut National d'anthropologie et d'Histoire du Mexique.
Résumé :Les difficultés rencontrées par les érudits du XVIème pour reconnaître l'autonomie américaine, quand ils furent obligés d'abandonner le rêve asiatique, ne proviennent pas seulement, comme cela a été signalé, du fait que cette "rencontre" et la multiplication des espaces explorés entraient en contradiction avec une conception "géographique" partagée à la fin du XVème et au début du XVIème et héritée de la culture gréco-latine; mais surtout parce que el Temps du Monde Cristiano-Occidental, stratégiquement beaucoup plus important pour la cohésion du noyau de cette civilisation, fondamentalement eschatologique, se trouvait mis en question.
Très tôt se présente le problème de la nature et l'origine de ces multiples indiens que l'on découvre et domine, mais ce n'est en rien ici une curiosité ethnologique, une question sur l'Autre, comme on a voulu le penser trop souvent : il s'agit plutôt, pour les érudits laïques ou religieux, d'essayer de répondre au défi intellectuel que la découverte de cette humanité inconnue présentait à la conscience de soi occidentale.
Ainsi le "dévoilement " américain obligera non seulement à repenser la chronologie générale et le temps théologique chrétien conçu au travers de l'étude du Texte Biblique, mais il empêchera longtemps de penser un temps autonome pour l'Amérique. Ce temps restreint "reconnu" pour le développement des civilisations américaines produira pendant plusieurs siècles et jusqu'à aujourd'hui une certaine impossibilité de penser la profondeur du passé historique de ce continent, et créera d'énormes difficultés pour construire aujourd'hui au Mexique une authentique temporalité autochtone.